• 50 ans déjà - Mai 68 et puis...

     

    50 ans déjà - Mai 68 et puis...

     

    50 ans déjà - Mai 68 et puis...

    50 ans déjà - Mai 68 et puis...

     

    Il y a tout juste un demi-siècle, sous les pavés parisiens, on découvrait la plage. Que représente encore Mai 68 aujourd'hui ? Quelle importance cet événement a-t-il encore ? Comment a-t-il modifié notre rapport au monde ?

    Comment expliquer Mai 68 à des jeunes de 20 ans ?

    En France - Donner une explication globale des causes qui ont provoqué Mai 68, c'est une démarche impossible. Par contre, certains éléments aident à comprendre ce que ça a pu représenter. La société occidentale des années 60 apparaît comme une société parfaitement huilée. On vit la fin, mais à ce moment personne ne le sait encore, des Trente Glorieuses, soit d'une élévation progressive et ininterrompue du niveau de vie de la grande majorité des ménages. Durant cette période subsistent peu de conflits sociaux. On n'assiste pas à de grands affrontements entre le monde du travail et le capitalisme. Les tensions sont externes. Les gens manifestent plutôt contre la guerre du Viêtnam. Le discours ambiant dans tous les domaines demeure parfaitement lisse et ripoliné. Certains, comme le philosophe français Raymond Aron, défendent l'idée d'une convergence des sociétés industrielles dans la prospérité. On a alors l'impression d'être sur des rails, sur un escalier roulant... Dans ce contexte, Mai 68 représente d'abord l'inattendu de l'événement, une espèce d'explosion imaginaire de révoltes en tous genres. Cela part de la contestation étudiante, prolongée en France par une grève ouvrière, qui capte un peu tout le monde. Dans les assemblées qui se constituent alors, les personnes les plus improbables (clochards, personnes atteintes de maladies mentales) viennent exprimer ce qui se passe, parfois de façon complètement irrationnelle. Les discours qu'on n'entendait jamais, qui étaient refoulés dans les caves, les catacombes, remontent à la surface. Deuxième aspect important : les gens se mettent à parler entre eux, à communiquer au sens réel. Car déjà à l'époque, dans les grandes villes, à Paris par excellence, les gens ne s'adressaient plus spontanément la parole.

    En Belgique - au moment même, le mouvement s'est cantonné à l'université et quelques hautes écoles. Les événements de Mai 68 ont avant tout donné lieu à une résonance ultérieure. À partir de 69, des usines ont connu, durant quatre ans, une vague de grèves spontanées menées sans l'aval des syndicats, voire même contre leur volonté. Des travailleurs étrangers, de jeunes ouvriers ont essentiellement mené ces protestations... Avec un esprit d'auto-organisations, de revendication égalitaire. Leurs objectifs : changer des aspects importants de l'organisation du travail, comme la hiérarchie des salaires par exemple. La Flandre a connu deux mouvements très massifs : la grève des mineurs du Limbourg en janvier-février 1970 et les grèves des dockers à Anvers et à Gand au printemps 1973. Dans la région bruxelloise, se sont déroulées des grèves à Citroën, Michelin... La Wallonie, frappée par la désindustrialisation, a vécu les choses de plus loin. Le mouvement des étudiants à Louvain précède en fait Mai 68. Il commence en 67 et culmine en février 68. L'effet immédiat de ce mouvement, c'est la séparation de l'université de Louvain, la création de l' UCI, de Louvain-la-Neuve, etc. Le mouvement a aussi entraîné la chute du gouvernement conservateur de l'époque et le retour des socialistes au pouvoir. Ils ont proposé un programme plus réformiste, de reprise, d'intervention publique dans l'économie... On a également observé un bouillonnement culturel et moral dans les universités, les lycées, les structures artistiques. Au-delà, on peut situer à ce moment le basculement de la Belgique vers un Etat fédéral. Chez les chrétiens et les socialistes, on voit alors éclore une nouvelle génération d'hommes politiques acquis aux idées fédéralistes.

    Aujourdhui, on face à un discours, surtout à droite mais parfois aussi à gauche qui associe Mai 68 à la naissance du chacun pour soi, de la culture de l'hédonisme, de la jouissance sans entraves, du refus de toutes règles, y compris celle de la sociabilité élémentaire. Ce type de discours semble complètement déconnecté des processus historique et culturel effectif. L'individualisme au sens du chacun pour soi, n'est pas né avec Mai 68. En réalité, il est apparu douze ans plus tard, avec le passage à la période néo-libérale, sur les plans économique et politique. C'est l'esprit des années 80. A partir de ce moment-charnière, un tournant s'est opéré. On pouvait le sentir presque physiquement. Y compris chez certains qui avaient fait 68. Une partie d'entre eux changeait complétement. Ce n'était pas seulement qu'ils se rangeaient, qu'ils cherchaient à se faire de l'argent. Au-delà de tout cela, leur Vision du Monde et des autres se modifiait. La réussite était valorisée, et tant pis pour les losers. Le néo-libéralisme a récupéré certains thèmes de 68 :"profite de l'instant", "pourquoi attendre demain si on peut jouir aujourd'hui", etc. Sois une culture du présentisme, de l'instantanité, mais mise au service d'une vision de la société totalement contraire à celle de 68. Qui, elle était fraternelle et solidaire.

    De mai 68, on a gardé une méfiance par rapport à l'autorité et l'autoritarisme. Aujourd'hui, quelqu'un qui dirait ", c'est comme ça parce que j'ai tel âge, telle fonction, tel titre...", ça ne passe plus. On remet également en cause les hiérarchies sociales. Le fait qu'elles existent depuis longtemps, qu'elles se reproduisent de génération en génération...ne leur confère pas de légitimité. La question "de quel droit, avez-vous ce pouvoir, ces privilèges ?" Est désormais audible. Elle n'appartient plus seulement à des personnes considérées comme marginales ou dangereuses subversives. Cette évolution se marque également par rapport à la classe politique. Les gens se laissent plus impressionner.Ca peut parfois prendre la forme du "tous pourris". Mais l'homme politique ne se trouve plus, désormais, dans une position de notable devant lequel tout le monde fait chapeau bas, sans se poser de questions. D'autres choses sont apparues, comme la création médiatique et télévisuelle de personnalités. Ce n'est pas forcément un progrès, mais ce n'est pas le même type de relations. On vend une image dont les gens peuvent être dupes. Mais cela n'équivaut pas à un ensemble de rapports sociaux figés et immuables. Le rapport à la politique a changé. Même chez ceux pour qui la politique conserve de l'importance, elle ne détient plus toutes les clefs. Dans les discours soixanhuitards transparaissait à travers une grande méfiance vis-à-vis du communisme institué de l'Union soviétique. Mais il subsistait la recherche d'un discours idéologique de remplacement globalisant. Les plus pointus allaient chercher ce discours du côté du trotskisme, du maoïsme... Aujourd'hui, on considère les grands discours comme piégeants. Le rapport à la politique s'est fait plus pragmatique. On y croit moins. On se trouve davantage dans l'idée d'un changement de société par tâtonnements, par essais-erreurs. Depuis dix ans, le capitalisme mondialisé se trouve dans une série d'impasses qui s'aggravent. On perçoit une volonté d'un changement radical de la société, de la fonction de l'économie... Joint à une prise de conscience environnementale. Par contre, les gens ont plus de mal à imaginer concrètement la forme que prendrait ce changement. On arrive très bien à décrire ce qu'on ne veut plus, sans pour autant pouvoir esquisser très précisément par quoi le remplacer. Mathieu Stassart

     

    diaporama photo
    Mayannemak sur ComBoost

     

     

    « L’histoire de l’abbé Béranger SaunièreAnimaux domestiques : Chiens »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :