• Au centre du pouvoir

     

    Au centre du pouvoir

     

    Au centre du pouvoir

     

    Chez les Juifs du temps de Jésus, une étrange ambigüité mêle les choses de la foi et celles de l’économie et l’argent. On le sait, le centre de la ville est le grand Temple, et peut-être jamais dans l’Histoire on n’a vu ni ne verra édifice sacré d’une importance relative si grande. Il ne fonctionne pas en effet comme un lieu de culte parmi d’autres, ce que sera en France une cathédrale du Moyen-Âge : il est le seul.

    Les synagogues de la Diaspora ne sont, chacune dans sa ville, que des lieux d’assemblée et de prière.

    Pour offrir un sacrifice à Dieu, s’adresser à lui face à face, il n’existe, pour les Juifs, dans le monde entier, qu’un seul endroit : au coeur de Jérusalem, le rocher de Moriah et, sur cette haute dalle naturelle le Temple. C’est le centre de tout, le pôle de la foi, le lieu géométrique du monde… Des millions de Juifs sont dispersés dans l’empire; les regards de tous convergent vers ce même point. Si quelque fabuleux réseaux électrique les alimentait en courant, les nourrissait de croyance, et le saint du Temple, la prodigieuse dynamo.

    La chambre aux treize trompettes

    La loi romaine interdit toute exportation d’or dans l’empire, mais le Juifs ont obtenu une dérogation pour l’or de l’impôt du Temple. Chaque année, des convois s’ébranlent sur les routes : les fonctionnaires impériaux ont ordre de les protéger, quand ils traversent leur circonscription, contre les convoitises  des municipalités administrées par les Grecs, comme celle de Cyrène en Afrique du Nord. César puis Auguste ont permis que le vol de cet argent soit assimilé à un sacrilège : en conséquence, les coupables ne jouissent plus du droit d’asile dans les temples païens et sont livrés aux Juifs. Hors des frontières, chez les Parthes, les caravanes lourdement chargées s’acheminent de Mésopotamie et de Babylonie vers Jérusalem par les étapes de Néardeah et de Nisibis. C’est une armée de plusieurs milliers d’hommes qui franchit l’Euphrate et bénéficie dès lors de sauf-conduit des autorités romaines.

    Tout Juif de sexe masculin est, dès l’âge de vingt ans, assujetti à la taxe. Certains ne peuvent payer ; à moins qu’ils ne soient prêtres, ils seront astreints à des corvées manuelles. Chaque année, le premier du mois d’Adar (février-mars), les émissaires du Sanhédrin rappellent l’obligation d’acquitter le demi-sicle. Le premier du mois de Nizan (mars-avril), la collecte doit être entreposée dans les caisses du Temple. On peut aussi apporter son offrande directement au Temple ; on l’introduit alors dans l’un des treize troncs en forme de trompettes (sofarôt) qui percent la muraille de droite du parvis des Femmes et sont reliés à autant de caisses placées dans la chambre forte : caisses pour le demi-sicle de l’année courant, pour celui de l’année précédente, pour l’achat des animaux sacrificiels…

    D’autres ressources alimentent le trésor. Il y a les dépôts privés des veuves et des orphelins, mais aussi ceux des riches, qui sentent leurs biens en sécurité dans la maison de Dieu. En dehors même du monde juif, les puissants n’oublient pas le Dieu d’Israël : Agrippa, Auguste, sa femme l’impératrice Julia, la reine Hélène d’Adiabène, petit royaume limitrophe des Romains et des Parthes, lui ont envoyé de somptueux cadeaux.

    Si l’argent rentre en masse dans le caisse du Temple, ce n’est pas là argent mort, car il faut faire face à des dépenses souvent somptuaires. La vie quotidienne du Temple requiert déjà des sommes considérables : il faut acheter les bêtes à sacrifier, les précieux vases de sacristie et puis l’encens, le bois, le vin, l’huile et le blé. Il faut payer les femmes qui cousent et brodent les vêtements du Grand Prêtre et toues les courtines des salles d’apparat; les inspecteurs qui diront si les animaux répondent aux normes des règlements liturgiques; les spécialistes chargés d’enseigner aux prêtres les rites de l’immolation ou d’interroger les textes des Anciens sur les irrégularités survenues. Non moins considérables, sont les capitaux dont l’administration du Temple a besoin pour mener sa politique de grands travaux, pour que soit construit le pont sur la vallée du Cédron, surveillé l’approvisionnement en de Jérusalem, réparées les tours des bâtiments.

    Les richesses, pourtant, s’accumulent : quand Pompée entre dans le sanctuaire en –63, il trouvera dans le trésor 2000 talents (entre 30 et 300 millions de francs or). Et en 70 de notre ère, le pillage du Temple par les troupes de Titus suffit à provoquer une baisse du cours de l’or sur tous les marchés de Syrie. Les Juifs sont fiers de leur trésor… L’humiliation sera d’autant plus cruelle lorsque, après leurs écrasement pas Titus, il leur faudra verser le demi-sicle, cette fois pour le Temple de Jupiter Capitolin à Rome.

     

    Au centre du pouvoir

     

    La seule partie du Temple d'Hérode qui ait échappé aux destructions romaines est une muraille de 28 m de long sur 18 m de haut : le Mur des Lamentations, pan occidental de l'enceinte du Temple

     

     

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