• La révolte d'Immanouël

     

    La révolte d'Immanouël

     

    La révolte d'Immanouël

    Pendant les grandes fêtes juives, les environs de Jérusalem

    se couvrent de tentes et de cabanes hâtivement dressées

    par des pèlerins venus d'Alexandrie, Babylonie, d'Asie Mineure ou d'Italie.

     

    L'expulsion des marchands du Temple n'est pas une simple péripétie de la vie d'Immanouël : c'est un tournant décisif.
    Avant, il n'était qu'un petit rabbi galiléen. Désormais, il sera celui qui a ouvertement défié l'institution la plus puissante, la plus riche et la plus respectée des Juifs du monde entier : le Temple.
    Son coups d'audace frappera les imaginations et donnera un retentissement prodigieux au message qu'il apporte mais scellera du même coup l'alliance de tous ceux qui constitueront le pouvoir établi. Dès lors le drame est noué.
    Bientôt la Pâque : les ruelles qui grimpent à travers Jérusalem jusqu'au rocher du Moriah sont noires de monde. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage vers le Temple. En Juif respectueux des traditions, c'est pourtant là qu'Immanouël veut prier son Père.
    Devant la puissante enceinte, il abandonne bâton et sandales de marche avant de pénétrer sur la première esplanade. Le parvis des Gentils, l'antichambre d'un lieu de prières. Bien plutôt une place publique et la plus grande foire de Judée, à laquelle sont admis Juifs et païens, hommes et femmes, et jusqu'aux hérétiques et aux excummuniés. Un tapage permanent y règne : on doit hurler pour se faire entendre, au milieu des cris d'animaux et des boniments des vendeurs.
    Ce jour-là, les docteurs de la Loi, entourés de leurs disciples, ont même dû se réfugier sur les marches qui donnent accès au parvis intérieur. Les pèlerins se pressent autour des changeurs, dont les tables sont dressées dans les galeries du pourtour. La demande de monnaie pure, la seule acceptée pour acquitter l'impôt du Temple, n'a jamais été aussi forte. Les lourds deniers d'argent tintent lorsqu'on les pèse, et leurs piles scintillent dans le soleil d'avril.
    Dans le quartiers des marchands d'animaux, c'est la bousculade. Que la vente porte sur un veau, un mouton, un pigeon, le marchandage est le moteur de la négociation. A tout instant, une altercation éclate entre deux vendeurs qui se disputent un client, ou c'est un pèlerin qui proteste : pas question de payer un demi-denier pour un passereau qui en temps normal vaut deux as.

     

    La révolte d'Immanouël

    Quelques secondes auparavant c'était la rumeur habituelle

    au parvis des Gentils : tintements d'argent et marchandages

    animés et brusquement, toutes les activités sont suspendues

    et la foule, médusée regarde un homme armé d'un fouet qui

    vient de bousculer les tables des changeurs :

    qui est-ce? et que veut-il?

     

    Immanouël sent peu à peu l'irritation le gagner. C'en est trop de ce spectacle déshonorant pour la maison de son Père. A l'étal d'un commerçant, il saisit un paquet de cordes : de ce fouet improvisé, il balaye la table du changeur le plus proche. Les poids de cuivre et les pièces d'argent sonnent clair en tombant sur les dalles. Les badauds accourent. Toute activité a cessé sur le parvis, Immanouël veut faire place nette. Il culbute les siètes des marchants de colombes, et les cages remplies d'oiseaux effarouchés roulent à terre. Son indignation s'exprime très haut : "N'est-il pas écrit : ma maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations? Et vous, vous en avez fait un repaire de brigands".
    Chez certains spectateurs l'étonnement est à son comble : quel est donc cet homme pour oser considérer le Temple comme sa propre demeure? Mais la foule versatile a déjà accordé sa sympathie à celui qui met en question l'extraodinaire pouvoir temporel des hauts dignitaires religieux, acquis par le monopole et le contrôle de tout ce commerce.
    La nouvelle de l'incident s'est propagée comme une traînée de poudre : déjà les Grands Prêtres et les scribes accourent. L'intervention d'Immanouël, ils en connaissent trop le bien-fondé. Ils préfèrent l'attaquer sur la forme : "Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi?" Immanouël répond aussitôt : "Détruisez ce sanctuaire, en trois jours je le relèverai". Les moqueries fusent : "Il a fallu quarant-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi tu le relèveras en trois jours?" Car pour eux, la maison de Dieu doit nécessairement avoir des murs. Marc : XI, 2-10 - Jean : XII, 12-15)

     

     

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    An mille avant Jésus-Christ : trois cents ans après la libération de la servitude égyptienne lors de la fameuse traversée de la la mer Rouge, la communauté juive n'a toujours pas de temple en dur. Son seu sanctuaire : une simple tente sous laquelle on abrite les plus précieux trésors des Hébreux, le coffret des tables de la Loi et l'arche d'alliance, symbole du pacte contracté entre Dieu et son peuple. Mais l'empire en ces jours est solide : reprenant l'idée du roi David son père, Salomon entreprend l'édification d'un temple digne du vrai Dieu. Les travaux commencés en l'an 959 av. J-C. dureront sept ans. Ce temple existera près de 400 ans. Mais la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor signifie sa ruine (-586). Voici venu le temps de l'exil. Et le site sacré restera en ruine pendant cinquante ans. Quand le Perse Cyrus devient maître de la Babylonie, il invite les Juifs à retourner chez eux et à restaurer leur Temple; les vases sacrés pris lors du pillage leur sot rendus, mais l'arche a disparu dans la tourmente. En trois ans, sous l'égide de leur chef, Zorobabel, les Juifs reconstruisent un temple sur l'emplacement du premier, signe de résurrection nationale et centre de résistance aux païens (-515). Plus modeste, certes, que le Temple de Salomon, le sanctuaire, bâti en terasses, comporte des aménagements nouveaux. La révolte victorieuse des Juifs commandés par les Maccabées permet, avec l'indépendance, de consacrer de nouveau le Temple profané (-164). En 63 av. J-C., Pompée, général romain, prend le sanctuaire, mais, respectueux de toute croyance, ne le dévaste pas. Neuf ans plus tard, Crassus, moins scrupuleux, le déleste de tout son or. Malgré les outrages, le Temple est toujours débout : c'est Hérode le Grand qui va décider de son sort. Soucieux de faire oublier son ascendance arabe et toutes les constructions qu'il a entreprises pour sa gloire personnelle ou celle de ses protecteurs romains, il propose de remplacer le Temple de Zorobabel par un autre plus somptueux. Mais l'hostilité juive ne désarme pas : on craint qu'une fois détruit, le Temple ne soit jamais reconstruit ou bien transformé en un lieu de culte profane. Pour emporter la décision, Hérode est prêt à tout : à réunir, avant le début des travaux de démolition, tous les matériaux nécessaires et les mille chariots utiles au transport des pierres : à trouver 10 000 ouvriers, quitte à les payer le prix fort : et même à former mille prêtres aux métiers de maçons, de charpentiers, de décorateurs pour travailler aux parties sacrées de l'édifice. Les travaux commencés en -19. durent 80 ans : moins de six ans après son achèvement, le Temple de Jérusalem sera abattu par les Romains.

     

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