• Le Phlogistique

     

    Le Phlogistique

     

    Le Phlogistique

     

    La découverte de l’ADN est le prototype des avancées scientifiques qui bouleversent en profondeur notre vision de la réalité et provoquent en cascade la remise en cause d’idées qui paraissent pourtant définitivement établies. Les conséquences ultimes de ces révisions n’apparaissent cependant que lentement ; c’est parfois en nombre de générations qu’il faut mesurer la durée nécessaire pour que les esprits soient habitués à la nouvelle lucidité.

    Il s’agit d’une interrogation qui était restée jusqu’alors sans réponse, faute d’être posée correctement : d’où provient la capacité manifestée par certains objets de résister à l’usure du temps en réagissant aux agressions, de se transformer tout en maintenant l’essentiel de leur structure, et surtout de produire des êtres semblables à eux ? Émerveillées par ces pouvoirs, incapables d’en découvrir la cause, toutes les cultures se sont jusqu’ici contentées de classer ces objets dans une catégorie spéciale, celle des êtres vivants. Leurs capacités étonnantes étaient expliquées par la présence en eux d’un principe indéfinissable, la vie. Mais en quoi consistait-il ? Comment, où, quand, ce principe était-il apparu ? Autant de question restées ouvertes.
    Une mésaventure de même nature était arrivée aux scientifiques du XVIIIè siècle lorsqu’ils voulurent donner une explication au fait que certains corps, tels le bois, le charbon, ont la propriété de brûler en fournissant une flamme, de la lumière, de la chaleur. D’où leur vient ce pouvoir ? Faute d’une meilleure hypothèse, ils ont suggéré que ces corps renferment un principe, le phlogistique, qui se manifeste lors de la combustion. La différence de poids entre une bûche et les cendres qui en restent après combustion correspond à la destruction de ce phlogistique qui est la véritable matière du feu. Cette explication dut être totalement abandonnée lorsque Lavoisier montra que la combustion met en œuvre non seulement l’objet qui brûle, mais l’air qui l’entoure ; elle résulte d’une réaction entre le carbone présent dans l’objet de phlogistique a perdu toute pertinence, et le mot lui-même a disparu. Les lycéens d’aujourd’hui ne l’on jamais entendu. La combustion n’est plus un mystère nécessitant l’intervention d’un agent indéfinissable, elle n’est qu’une des manifestations des processus chimiques les plus banals. Un destin semblable est sans doute réservé au mot vie. Il correspond lui aussi à une classifications des éléments du monde réel en deux catégories.
    La combustion permettait au XVIIIè siècle de distinguer d’une part les objets capables de brûler, d’autre part ceux qui en sont incapables ; les premiers comportaient du phlogistique, les autres non. De même, à partir du regard que nous portons sur ce qui nous entoure, nous croyons pouvoir définir deux domaines biens distincts : celui des objets inanimés, celui des êtres vivants ; les seconds ont été dotés de la vie, les premiers ne l’ont pas reçue.
    Les mythes eux-mêmes ont contribué à cette dichotomie, ainsi le mythe de Pygmalion. La statue à laquelle, peu à peu, ce sculpteur donne forme est si belle qu’il en tombe follement amoureux. Mais elle n’est qu’une pierre, un objet ; il lui manque l’essentiel, la vie. Il est désespéré car à son enthousiasme, aucun enthousiasme réciproque ne peut répondre. Touchée par l’intensité de ce désespoir et admirative de la perfection de l’oeuvre, Aphrodite transforme la statue en femme vivante ; Pygmalion peut épouser Galatée. Ce qui n’était que l’image d’une femme est devenu une femme. Mais il a fallu l’intervention d’une déesse pour que cette transmutation ait lieu. On ne saurait mieux exprimer combien semblait infranchissable la frontière entre inanimé et vivant.
    L’usage de l’imparfait dans cette dernière phrase peut provoquer la surprise car, dans l’esprit de beaucoup, cette frontière semble aujourd’hui encore bien réelle. Pourtant, elle a été gommée il y a un demi-siècle. La rémanence des idées anciennes que nous aurions dû radicalement réviser est manifestée par la présentation de certaines observations :  En octobre 2000, une équipe de chercheurs américains a déclaré avoir réveillé une bactérie restée enfermée dans une bulle depuis plus de deux cents millions d’années. Une découverte semblable avait été faite au début de l’année 1995, mais l’ancienneté de l’objet n’était que de quelques dizaines de millions d’années ; ce premier record est donc largement battu. Cette réanimation, cette victoire dans la lutte contre le pouvoir destructeur du temps, est perçue comme l’équivalent d’une mystérieuse résurrection ; en fait, elle est une conséquence directe des propriétés de la molécule qui explique l’essentiel des performances des êtres vivants, l’ADN

     

     

    « Aliments qui manqueront à cause du changement climatiqueVivre dans l’Amour »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :